mercredi 17 octobre 2018

Le raid de deux amies !!

Au Touquet-Paris-Plage, un équipage féminin s'est engagé dans un raid 4x4 
au Maroc pour soutenir les enfants du désert. 

Anne Monvoisin, audio-prothésiste, et son amie Carole Capus, enseignante, 
participent à bord de leur Toyota à une course d’orientation dans le désert marocain, 
"le trophée Roses des Sables". Toutes les concurrentes sont des femmes.

L’équipage « Les Roses de cœur » soutient trois associations humanitaires.

Cent cinquante équipages ont pris le départ le 10 octobre. 
 Mardi matin, l’équipage touquettois occupe une très belle 15ème place sur 143 engagés.

Arrivée de la course le 19 octobre !!

En espérant que mon logo continue de leur porter chance !! 



Logo de l'équipe réalisé par Olivier Brazao




lundi 15 octobre 2018

To bee or not to bee ?!

Je participe à un projet BEEHOMES avec l’association "La Ribambulle" 
qui a pour but de promouvoir la bande dessinée à travers des médias
dont, le site la-ribambulle.com, ses produits dérivés et 
diverses manifestations auxquelles elle participe. 
 Elle possède également une page Facebook suivi par près de 4500 personnes et 
un compte Twitter comptant près de 1000 followers. 

Elle souhaite réaliser un projet écolo-éducatif via un calendrier 
vendu pour financer des BeeHomes pour les écoles. 

Les frais d'impression et d'envoi sont tels qu'elle a choisi 
Ulule pour mettre en valeur leur projet et mieux le faire connaître 
auprès de sa large communauté.

Donc n'hésitez pas à aller sur Ulule et à participer !!

Bee Happy !!
La Beezzz !!

Couleurs Pierre Schelle

lundi 8 octobre 2018

Exposition Sheewõwkees !

"À l’occasion du lancement du festival BD de Arques, 
nous inaugurerons l’exposition des planches originales de BD 
d’Olivier BRAZAO auteur de la série "Sheewōwkees. "
L’exposition sera visible du 9 au 27 octobre."

"L'inauguration aura lieu le 12 octobre
à la médiathèque de Arques en compagnie 
d'Olivier BRAZAO et Thomas MOSDI (scénariste)"


lundi 1 octobre 2018

Du l'art et du cochon !!

Un petit avant goût d'un livre culinaire sur le thème du cochon.
Vous y trouverez des recettes et des dessins "cochons" 
(sur le thème de la cuisine ou non d'ailleurs!)
réalisés par quelques auteurs de BD. 
Bruno Ghys est le cuisto en chef de cette cochonnaille.
Je vous donnerais plus d'informations lors de la parution en fin d'année.

Ceci dit, un intrus c'est immiscé dans le livre.


lundi 24 septembre 2018

Trophée...

Réalisation d'un logo pour l'équipe d'une amie qui participe au rallye 
" Trophée Roses des Sables" 2018 qui a lieu au Maroc.

Mission :
 La philosophie du Trophée consiste, au travers d’un financement réaliste, 
à permettre à chaque femme d’accéder à une compétition internationale 
dotée d’une forte dimension humaine, tout en participant à une action d’entraide 
entre les peuples en acheminant des dons à destination des enfants défavorisés.

J'espère que celui-ci leur portera chance.

Je suis de tout cœur avec les Roses !!

mardi 18 septembre 2018

À Papa...

Bon voyage...

Te voilà une star de la "voix" lactée !!
Je t'aime.
O.

lundi 10 septembre 2018

Première pour... Kiripette !!


Première parution de ma petite héroïne Kiripette dans un journal,
la gazette du Paris/Normandie (10 000ex) du 25/26 août 2018 !! 

J'espère que l'avenir nous permettra d'en faire une série !! 
Les échos sur le salon étaient très positifs !! 
Ça fait toujours plaisir !! 
En espérant qu'elle vous plaise aussi !! 

Scénariste/Dessinateur Olivier Brazao
Scénariste Curd Ridel 
et Couleurs Pierre Schelle.



lundi 3 septembre 2018

Blablabla Croisé...

INTERVIEW CROISÉE BÉATRICE TILLIER / OLIVIER BRAZAO

©Luc Turlan
Vous êtes un couple de dessinateurs de BD, vous êtes-vous rencontrés grâce au dessin ?
Béatrice : En quelque sorte puisque nous étions sur les mêmes bancs d’école.
Olivier : Petite précision, sur les bancs d’une école de dessin à Lyon, d’où nous sommes originaire d’ailleurs.

Votre fils s’intéresse-t-il à la BD ou au dessin ?
Il a eu de quoi lire vu la quantité d’albums à la maison et de quoi dessiner vu le matériel à sa disposition. Par imitation, à force de nous voir à nos tables à dessin, il dessinait également de son côté. Il nous accompagnait aussi sur tous les salons B.D. que nous faisions . Mais il reste un enfant de sa génération, avec des intérêts plus tournés vers les mangas, les comics et les jeux vidéos. 
Ceci-dit il apprécie quelques bonnes séries Franco/Belge dont la numéro un pour lui est « Seuls, puis Kid Paddle, Game Over, Astérix, Gaston, Tintin, les petits mythos, et aussi les Cop’s »…

Pouvez-vous m’expliquer vos techniques de travail, tradi et ordi, et les raisons du choix de vos techniques différentes ?
Quand on a démarré dans le métier, le choix des techniques étaient « simples », c’étaient celles qui existaient !!! rough, crayonnés au critérium, encrage au pinceau à l’encre de chine et pointe tubulaire pour les architectures et mise en couleurs aux encres acryliques Magic color. Le tout sur différents papiers : schoeller Hammer, vinci, Fabriano, Canson Montval. Là non plus, pas trop par choix mais parce que chaque fois qu’on trouve du bon matériel, il a la fâcheuse habitude de disparaitre… Aujourd’hui, je dessine au crayon bleu, j’encre au feutre et je fais mes couleurs à l’aquarelle sur papier Arches. Cette fois, c’est un choix réel, afin d’assurer une bonne transition avec le travail de Delaby sur les « Complaintes » au niveau du rendu. 
Effectivement comme Béatrice, j’ai commencé en traditionnel, crayon, plume, feutre, pinceaux, papier… Puis je suis venu il y a peu à la cintiq (tablette graphique) pour des raisons pratiques, car lorsque l’on travaille pour certaines boites de pub, de jeu… Ils passent leur temps à vouloir faire des changements, améliorations… Du coup c’est plus simple pour apporter des modifications, que de devoir retoucher, recommencer sur un original papier, qui souffre à chaque retouche… Car des fois à force de changements on risque de passer à travers le papier. Maintenant grâce à la cintiq, je n’ai plus ce souci.

Avez-vous des talents complémentaires ?
Tout à fait, je penche beaucoup du côté très réaliste, adulte, compliqué, détaillé, j’intellectualise beaucoup la conception des planches et des cadrages, ce qui prend beaucoup de temps. Olivier est plus instinctif, et très bon public en humour. 
J’ai un traité plus simple que Béatrice et surtout j’aime changer de style en fonction des histoires qu’on me propose, tel un acteur qui rentre dans la peau d’un personnage. Il change son style d’interprétation à chaque fois pour coller au mieux de son ressenti par rapport à l’époque, aux personnages… Et bien moi je pense et fais mon travail en ce sens. Du coup, je jongle entre un dessin réaliste, caricatural et  jeunesse (gros nez), mais je n’ai pas encore publié de BD dans le dernier style… J’ai des projets, mais il faut avoir le temps de se mettre dessus. 

Quel est votre rythme de travail ? vos horaires ?
J’ai toujours été un oiseau de nuit en ce qui concerne la créativité. Déjà à l’école, je réalisais toutes mes dissertations la veille de les rendre. Le matin, je ne suis bonne à rien, je rumine les rêves de la nuit, je m’inquiète pour l’avenir, bref je ne suis pas très « présente ». Et curieusement la nuit m’apaise, les angoisses s’évanouissent, les idées affluent, s’enchaînent. Aucun dérangement extérieur, tout le monde dort, pas de distraction, une grande plage horaire pour avancer. 
Nous avons la chance d’avoir le même rythme de travail. On doit faire entre 10h et 14H par jours et ce, 7 jours sur 7 si rien d’autre n’est prévu.

Vous travaillez régulièrement en atelier avec Thomas Mosdi, qu’est-ce que cela vous apporte ?
Des biscuits pour notre teatime de 2h du matin… Plus sérieusement, un oeil extérieur, un échange sur le travail avec d’autres de ses dessinateurs, les éditeurs, les contrats, les bruits de couloirs… Pouvoir avancer en sachant que les autres travaillent aussi et éviter la tentation d’aller fouiner sur le net…  
Le côté atelier est fort agréable. Il y a une ambiance studieuse, le tout en musique. On en profite pour se faire découvrir des artistes, des groupes. S’il y a une interrogation sur un dessin, cadrage, lisibilité, écriture, angle d’accroche pour une histoire, on a le regard et l’avis dans la foulée, sans devoir se triturer les méninges pour être sûr de son choix. On fait des brainstorming comme on dit, c’est un sacré gain de temps.

A quel âge as-tu commencé à dessiner et à faire de la BD ?
Dés que j’ai su tenir un crayon. J’ai dessiné beaucoup très tôt pour me raconter plein d’histoires. La bibliothèque familiale étant pleine de B.D. j’ai, très tôt, été attirée par ce médium qui permettait d’engranger à la fois des images et des histoires très vite, contrairement à la lecture de romans. En fait, j’ai trop d’imagination pour lire un livre « normal », je dois relire sans cesse la même page car mon esprit vagabonde très vite pour mettre en image les écrits. D’où l’intérêt de faire de la B.D. son métier !!! Ma première petite BD, je devais avoir 4-5 ans, j’avais fait des petits dessins puis relié les pages pour faire un petit album… 
J’ai toujours eu de la BD à la maison. C’est ma mère qui aimait ça, du coup c’est elle qui m’a initié à la BD qu’elle affectionnait enfant, puis Astérix, Lucky luke,… et même Bécassine. Mon père, quand à lui, c’est mis à lire de la BD lorsque nous avons sorti nos premiers albums avec Béatrice. J’ai commencé à faire de la BD vers l’âge de 8 ans. 

Que lisais-tu enfant ?
J’ai commencé avec Tintin, Astérix  et Gaston Lagaffe, puis très vite j’ai bifurqué vers de la B.D. adulte avec Moebius, Gotlib, et Yoko Tsuno. Ma grande révélation fut François Bourgeon. 
J’ai commencé de façon très classique, Astérix (Pour moi deux virtuoses à la création), Johan et Pirlouit, Gaston, Spirou, Clifton… Après je me suis dirigé vers un style de dessin plus réaliste ou plus sombre avec Durango, Histoire sans héros, XIII, Les 7 vies de l’épervier, Archi cash, Crystal, Les idées noires, Soda… 
Qu’aimes-tu dans les publications d’aujourd’hui ?
Le fait que les techniques de reproduction soient à la pointe, a permis une explosion des graphismes, des couleurs, des styles, ce qui donne une grande variété de rendu en adéquation avec le type d’histoires. 
La diversité… Il y en a pour tout les gouts, envies… Mais pour moi tout n’est pas à mettre dans la catégorie BD.

Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans les publications actuelles ?
Le grand n’importe quoi que l’on catégorise comme étant de la bande dessinée et qui porte préjudice à cet art auprès des personnes qui ne connaissent pas ce médium. Comme cela me passionne depuis ma tendre enfance, j’ai une très haute idée de ce que doit être ce mode narratif le plus complexe de la littérature : un bon scénario, un dessin soigné et maitrisé (l’art de la narration, de la composition de chaque case et de chaque planche, les intentions cachés, la seconde lecture), une mise en couleur qui complète le récit… La « Bande dessinée » comme son nom l’indique est au départ un strip qui raconte un gag, avec une chute à la fin. Le « roman graphique » conviendrait mieux au type de BD que j’affectionne : un scénario digne d’un roman, un graphisme digne d’une oeuvre d’art. Après il y a le reste : des tranches de vie, des journaux intimes griffonnés, des livres où à l’impression que l’auteur n’était pas assez bon en dessin pour faire de l’illustration ou  pas assez calé en littérature pour faire un vrai roman. Je ne dis pas que ces ouvrages ne devraient pas exister mais qu’ils ne devraient pas entrer dans la catégorie des bandes dessinées, un genre à part. Car comme ils sont un phénomène de mode, ils sont mis en avant et décrédibilisent le « dur labeur » des vrais auteurs de BD aux yeux du public néophyte. 
Ce que je n’aime pas c’est l’amalgame que l’on fait entre BD et « dessin de blog »… Ce n’est pas du tout la même recherche, aussi bien au niveau graphique, que narratif… Cet engouement, qui dénigrerait presque le travail des dessinateurs de BD, me désole. On a tendance à oublier qu’un dessinateur et en charge de tout les postes visuels : Narration, choix des acteurs, décorateurs, styliste, architecte, créateur de vaisseaux spatiaux, d’univers… Et lorsqu’il fait sa couleur : la lumière, les ambiances, les partis pris choisi pour la lisibilité… Tout ça ne se fait pas en un claquement de doigt. Tout est pensé !! Nous sommes dans une période où on aime bien ré-attribuer des noms aux choses et bien il faudrait trouver un autre terme pour tout ce qui sort de la BD dite Franco-Belge. On a bien « roman graphique » pour les albums traités de façons graphique plus légère, avec un nombre de pages plus important, enfin au-delà des paginations classiques. Mais ce n’est pas aussi simple que ça, non plus… 

Quelle a été ta toute première publication ?
Couverture et illustrations " Prisonniers des sables " Collection Arc en poche, Éditions NATHAN 1993, réalisé pendant ma dernière année d’étude, avant le diplôme ! En B.D. c’était Fée et tendres Automates (Album B.D. 48 pl. « Fée & tendres Automates » tome 1 « Jam », scénarisé par Téhy, Éditions Vents d'Ouest 1996, Prix découverte Sierre , Éléphant d’or meilleur album à Chambéry, Prix de la ville de Sérignan, prix Infonie, nomination alph’art coup de coeur Angoulême ) 
Je n’avais pas encore fini mes études et pas encore eu mon diplôme que mon premier livre paraissait chez Nathan, c’était «  La belle au bois dormant ». Il a été traduit dans plusieurs langues d’ailleurs, au Brésil, Pologne… Et en Corée ou il on même traduit mon nom, du coup je suis incapable de savoir où je suis sur la couverture. Sinon, j’avais déjà eu des parutions mais en presse pour « le  Progrès des enfants » publié à Lyon. Nous faisions la une à tour de rôle avec Béatrice et ce durant 3 ans. 

Qu’as-tu ressenti lorsque tu as reçu ta première BD imprimée ?
En fait, j’ai toujours du mal à croire que l’accumulation de tous les dessins réalisés soient une vraie B.D. Le fait que ce soit moi qui l’ai faite, me perturbe encore, comme si c’était irréel. 
De la fierté, déjà lors de la parution de mon premier livre illustré chez Nathan. J’étais heureux comme à chaque fois d’ailleurs, c’est toujours agréable de voir paraître un travail sur lequel on s’est investi pendant plusieurs mois. Et j’avais aussi l’impression d’entrer dans la cours des grands. Ce qui est agréable aussi, c’était de passer de l’autre côté de la table, si je puis dire. Je pouvais rencontrer, discuter, manger, sans distance avec les auteurs que j’avais pu lire, enfant. C’est d’ailleurs toujours un peu étrange, des fois !! 

Qu’aimes-tu dans les salons et séances de dédicaces ?
Se retrouver de l’autre côté de la table après avoir moi-même fait le pied de grue de l’autre côté pour avoir un souvenir de l’auteur et devenir le collègue, ou l’ami de cet auteur que l’on a tant admiré. On est toujours étonné par la persévérance des lecteurs pour avoir un dessin fait dans des conditions déplorables par rapport au confort de notre atelier. Avoir un retour sur son travail, se rendre compte des émotions que l’on a suscité chez le lecteur et réussi à transmettre juste avec des traits et des couleurs… Des belles rencontres, certains organisateurs et lecteurs sont devenus de vrais amis. Sans parler des auteurs !! 
Ce que j’aime c’est la rencontre avec le lecteur pour avoir son avis sur le dernier album paru et des fois même sur l’ensemble de mon travail, sur mon évolution graphique… L’autre chose que j’aime bien en salon c’est le fait de revoir les copains et de faire de nouvelles rencontres qui peuvent parfois déboucher sur de nouvelles collaborations et rien que ça, c’est génial. Ce qui est aussi agréable, c’est que l’on peut en profiter pour visiter des coins de France ou à l’étranger où nous ne serions pas forcement allés. C’est l’occasion de prendre des photos et d’enrichir notre documentation pour le travail.

Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans les salons et séances de dédicaces ?
C’est toujours une aventure car on ne sait jamais, quand on accepte une invitation, où on va atterrir… Pour en avoir faire fait une quantité industrielle, je peux dire qu’aujourd’hui je commence à fatiguer de l’inconfort (éclairage horrible voire inexistant, chaises de camping, tables branlantes, chaleur ou courants d’airs, lieux bruyants, repas froids et logements éloignés). Sacrifier un week-end pour faire des heures de trains pour travailler dans des conditions moins bonnes que dans son atelier, personne n’accepterait de faire ça surtout bénévolement. On ne demande pas le luxe, juste l’équivalent de son chez soi. Et ma santé ne me le permet plus. 
J’avoue que ce n’est pas ma tasse de thé, comme on dit. Pour tout vous avouer au tout début de ma carrière, je prenais un smecta pour ne pas avoir des maux de ventre… C’est dire. Maintenant ça va mieux, mais la dédicace n’est pas un exercice que j’aime faire, pour la simple et bonne raison que je ne suis pas aussi à l’aise que dans mon atelier. Je n’arrive pas vraiment à me détendre… 

Te rappelles-tu ton premier salon BD côté auteur ?
Oui c’était saint-Malo ! j’ai été présentée à Loisel, Wendling et d’autres pointures par ma merveilleuse attachée de presse Caroline Lhomme. L’éditeur y croyant peu, le libraire n’avait prévu que 50 BD. Pour me faire remarquer, j’ai commencé à faire des dédicaces avec des encres de couleurs sur les livres de ma table. Les passants ont été interpelés et tout est parti dans l’après-midi ! 
C’était au salon du livre de Paris, cette année là il y avait une chaleur super étouffante et pour couronner le tout la clim était tombé en panne… On a passé notre temps boire de l’eau. 

As-tu une anecdote étonnante arrivée en dédicace à nous raconter ?
Il y en aurait trop. Les lecteurs avides de dédicaces sont par nature, étonnants dans leur demande. 
Toujours au salon du livre de Paris, la même année, vu qu’il faisait extrêmement chaud, mon bras collait au papier et, bien sûr, arriva ce qui devait arriver, j’ai déchiré une page ou je dédicaçais. La personne ne m’en a pas tenu rigueur. Elle est reparti avec deux dédicaces au final car je lui ai offert un autre album. 

Peux-tu nous dire de quelle réalisation tu es le plus fier ?
Aucune, chaque nouvelle est un cran au dessus de la précédente et j’espère toujours faire mieux, alors j’ai zéro recul sur mon travail, je ne vois que les défauts… En fait le plaisir se situe à certains moments de la réalisation et pas forcément quand c’est terminé. 
De toutes, car il y a forcement une évolution… Enfin j’espère. Et a chaque fois j’essaye de donner le meilleur. Mais surtout ce j’aime c’est la diversité, principalement raconter des histoires, mais aussi collaborer à des plateaux de jeux, la création de logos, d’illustrations publicitaire…

Ta plus belle rencontre d’auteur c’est…
Celle dont je rêve n’est pas encore arrivée : François Bourgeon 
Albert Uderzo !! Pour moi c’est le must en BD, il s’est tout faire, réaliste, humour… Et le tout, parfaitement. J’ai la chance de le connaître un peu. Nous (avec Béatrice) l’avons rencontré la première fois à Lyon dans notre école de dessin. Cette fois-là, nous avions même été privilégier car nous avions pu discuter tranquillement tous les 3 pendant 20 minutes et après nous nous sommes rencontrés à divers reprises et avions mangé ensemble plusieurs fois. J’ai été très heureux de pouvoir lui faire un dessin hommage pour ses 90 ans. 

Quelle étape préfères-tu faire dans tes planches ? le storyboard, le crayonné, l’encrage ou la couleur ?
Le story est le moment où l’on crée tout, où les mots deviennent une image, le film de l’album se tourne dans la tête, c’est très excitant, on rêve à l’impossible. Le crayonné est le plus besogneux, on construit, on recommence… L’encrage est plus reposant, on peut poser son cerveau, c’est du nettoyage. Pour moi, la couleur, c’est la récompense après ce dur labeur, les corps et les décors prennent vie, les ambiances subliment le dessin, le rendent lisible. 
Le story board et l’encrage, le premier pour la réalisation de la mise en scène, trouver des astuces sur l’enchaînement des cases ou de la planche…  et le second pour la finalisation de celle-ci, révéler mon dessin au milieu de tout mes traits de mise en place. 

Quel album, récent ou ancien, aurais-tu aimé dessiner ?
La plupart des albums que j’aime portent sur des sujets que je n’aurais pas aimé dessiner ou pas été capable de dessiner. La question serait plutôt de savoir quelle histoire j’aimerais mettre en image. Et là, je répondrais « les miennes ». 
Heu… y’a surtout des projets que j’aimerais voir se concrétiser.  

Quels sont tes projets et tes envies pour les prochains mois ?
La suite, le tome 3 de Complainte qui va m’occuper encore un bon moment !!! 
Finaliser le diptyque que je suis entrain de réaliser avec Eric Le Berre au scénario et Pierre Schelle à la couleur. 

… et pour les années à venir ?
Le Tome 4 de Complainte bien sûr !!! et après…j’aimerais illustrer mes propres histoires. 
Que certains de mes projets personnel voient enfin le jour. Mais je ne les réaliserais pas seul, car je ne désire pas travailler seul. 

Avec quels scénaristes aimerais-tu travailler ?
J’ai déjà eu la chance de travailler avec un des plus grands, Jean Dufaux. J’aime aussi les univers de Yann et de Makyo. 
Avec Christophe Cazenove, Jean-Blaise Djian, et ceux ou celles qui seraient intéressés par une collaboration.

Quelle grande série aimerais-tu reprendre ?
C’est déjà fait !!!! :D  
Pourquoi pas plutôt essayer d’en créer une ? :)

Quel est le dernier album ou série qui t’a plus ?
 Le "Coeur desAmazones" de Rossi. 
Le tome 2  du cycle des Sorcières de « La complainte des landes perdues », je sais, il n’est pas encore paru, mais que voulez-vous j’ai quelques affinités avec la dessinatrice. Il est vraiment top et je ne vous parle pas du Tome 3 sur lequel elle travaille !! Ça dépote !!

Il y a beaucoup de débats en ce moment sur le statut de l’auteur, êtes-vous inquiet pour l’avenir de ce métier ?
Beaucoup et d’autant plus que les éditeurs n’en ont absolument rien à faire et ne cherchent même pas à défendre leurs vaches à lait en oubliant qu’ils disparaîtront en même temps que nous.  
Malheureusement, avec ce qui se profile à l’horizon, si l’état continue de faire n’importe quoi avec notre statut et que les éditeurs ne s’impliquent pas plus dans l’avenir des auteurs, la question « faire de la BD » ne sera plus qu’un lointain souvenir. Ça peut paraître surprenant de dire ça, le public a l’impression que la BD a le vent en poupe, car on en parle beaucoup et qu’il y a pas mal d’adaptations, plus ou moins bonnes, d’ailleurs. Mais le milieu des auteurs souffre énormément et le risque qu’une bonne partie disparaisse est important. Il y a eu le même problème en Angleterre dans les années 70 (si j’ai bonne mémoire) et depuis il n’y plus ou quasiment plus de parution BD. Pour plus d’information : https://olivierbrazao.blogspot.com/2018/07/auteursencolere.html

La BD est, je trouve, un milieu plutôt masculin, surtout dans le style de BD que dessine Béatrice, si je ne me trompe pas à quoi est-ce dû à ton avis ?
Comme je dis toujours, S’il y a si peu de femmes dans la BD c’est qu’en fait il n’y a uniquement que les meilleures et les plus talentueuses. 
Je pense qu’avant tout ça part de la lecture et du type d’album que l’on t’offre, te fait découvrir enfant. On avait plutôt tendance à une époque à offrir des albums illustrés aux filles et de albums BD aux garçons. Il fallait aussi qu’elles puissent s’identifier aux héroïnes de BD et, malheureusement, elles étaient beaucoup utilisées comme faire-valoir, hormis certaines comme : Yoko Tsuno, Natacha, Isabeau dans les passagers du vent, Pélisse… Mais la tendance a bien changé et je suis très heureux  de ça ! Sans qu’il soit question de parité, c’est bien plus agréable, car je ne suis pas à adepte du 100% masculin. Ceci dit on ne devrait pas juger un livre aux noms qui se trouvent sur la couverture, mais sur la qualité, du scénario, du dessin et de la couleur. Que ce soit des hommes ou des femmes qui sont aux manettes, on s’en moque un peu. Non ?

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait faire de la BD ?
Cours Forest court, surtout ne te retourne pas… Pour faire de la B.D., il faut s’oublier, aimer travailler et bien faire son travail, ne pas se prostituer, savoir dire non, se fédérer pour ne pas se faire exploiter. 
Avoir plusieurs corde à son arc (dans le dessin, tant qu’à faire), comme on dit. 
Et surtout, être tenace et ne pas avoir peur de manger que des pâtes tous les jours… Sans rien dessus.
Interview parue à 10 000ex dans la gazette du Paris/Normandie du 25/26 août 2018. 

Bonnes Lectures à toutes et à tous !! 

lundi 27 août 2018

Marque ta page !

Besoin d'un marque page personnalisé
 pour votre série, album préféré de ma bibliographie ?
Ou autre... 
N'hésitez pas à me contacter !

Celui-ci a été réalisé pour ma série Guadeloupe !
Paru aux éditions Du Signe.

Aquarelle et encre

lundi 20 août 2018

un p'tit mot passant !!

Pour la sortie le 24 août de ce bel album,
dans lequel j'ai réalisé l'adaptation d'une nouvelle de Guy de Maupassant,
"Le crime au père Boniface".
 Je vous livre la couverture (réalisée par Béatrice Tillier)
ainsi que deux premières pages de mon histoire...
Elles sont toutes en couleurs dans l'albums,
mais pour les admirer, il faudra l'acheter !! :)

Aux éditions du Varou.


Couverture Béatrice Tillier


lundi 13 août 2018

Bien entouré !!

Le fiston n'était pas prévenu...
Nous avions besoin d'un beau gosse qui joue de la guitare.
Du coup je me suis inspiré de lui !!
Il a de la chance, il se fait embrasser par les héroïnes de la BD !!
Couleur Pierre Schelle


lundi 6 août 2018

C'est à boire qu'il nous faut !!

Je vous propose un album de circonstance, avec cette chaleur ambiante.
Un album qui vous rafraichira et vous dépaysera...

Découvrez les deux couvertures réalisées pour ce one-shot
paru aux éditions Du Signe en janvier 2017.

Pourquoi deux couvertures me direz vous ? 

Et bien tout d'abord, c'est une commande du brasseur Kronembourg, 
pour fêter leur 350 ans d'existence. 

Donc, une couverture pour leur diffusion interne et la deuxième pour les librairies.

Ouvrage réalisé avec la collaboration de :
Thomas Mosdi au scénario et de Pierre Schelle à la couleur.
Couverture Kronembourg

Couverture Libraires

lundi 30 juillet 2018

#AUTEURSENCOLÈRE !!

#AUTEURSENCOLÈRE : LE JOUR OÙ LA FRANCE S'ARRÊTA, PAR DENIS BAJRAM


Un peu de lecture pour celles et ceux qui aiment les livres et leurs auteurs pour comprendre pourquoi il faut défendre notre exception culturelle.




Depuis plusieurs semaines, les auteurs haussent le ton : les rémunérations ne sont pas mirobolantes, et plusieurs réformes de leur sécurité sociale menacent encore leurs revenus. En face, éditeurs et pouvoirs publics se renvoient la balle. Denis Bajram, auteur, dessinateur et scénariste de bande dessinée, cocréateur des États généraux de la bande dessinée, décrit dans une tribune ce qui attend la création française si la situation ne change pas... 


 Par Denis Bajram, auteur

Le jour où la France s’arrêta 
Connaissez-vous la prospective ? Elle consiste non pas à prévoir précisément l’avenir, mais à réfléchir à des futurs possibles pour notre société. Elle est censée aider à prévoir les risques et à prendre des décisions stratégiques. Depuis des décennies, je pratique cet exercice de pensée en tant qu’auteur de science-fiction, mais aussi en tant que professionnel du livre qui pense l’avenir de l’édition.




Hier et aujourd’hui 
Je me souviens qu’au début des années 2000, j’avais tenté d’alerter mes collègues auteurs, mais aussi les éditeurs que je connaissais, d’un gros risque de surproduction de livres. Chaque année, de plus en plus de titres paraissaient, de nouveaux éditeurs se lançaient dans l’aventure, de plus en plus d’auteurs pouvaient publier. Il paraissait évident que ce formidable dynamisme créatif et éditorial allait finir par saturer les librairies. Il paraissait tout aussi évident que la plupart des auteurs allaient voir leur part du gâteau se réduire avec tous ces confrères en plus : le gâteau, c’est-à-dire le porte-monnaie des lecteurs, n’est pas extensible à l’infini… Je me souviens que j’avais pourtant récolté, au mieux, de l’indifférence, mais le plus souvent des réactions assez goguenardes. On était en pleine euphorie dans la bande dessinée, et dans pas mal d’autres secteurs éditoriaux…

Le temps m’a hélas donné raison. Le chiffre d’affaires de l’édition oscille depuis 30 ans entre 2,4 et 2,8 milliards (en euros constants). Quant au nombre de nouveautés publiées, il a doublé, en gros, tous les 20 ans pour atteindre les 80 000 titres aujourd’hui. En bande dessinée, le nombre de titres a plus que quadruplé depuis l’an 2000, passant de 1 100 à plus de 5 000 aujourd’hui.

Cette croissance des titres s’est accompagnée, comme prévu, d’une paupérisation croissante des auteurs. Elle a, en échange, permis à plus d’auteurs de publier des travaux très variés. En bande dessinée, nous avons connu un véritable âge d’or créatif. Mais même cette explosion créative a atteint ses limites : la dégradation des conditions de vie de la très grande majorité des auteurs ne peut pas ne pas rester sans conséquence sur la qualité de leurs œuvres. Les auteurs acceptent de plus en plus de compromis créatifs, des commandes d’éditeurs inadaptées, ils acceptent de plus en plus souvent de faire des livres qui ne leur ressemblent pas. Beaucoup se perdent dans des petits boulots en parallèles, qui les éloignent de leur travail créatif. Et, avouons-le, beaucoup trop se retrouvent à devoir bâcler de plus en plus. Pourquoi ? Tout simplement pour produire plus, vu que chaque titre rapporte de moins en moins. Tout ça pour tenter de maintenir leur petit bateau juste au-dessus de la ligne de flottaison.
Et c’est précisément ce moment que choisit l’État pour charger la barque des auteurs. Au risque de la faire couler brusquement. Il faut dire qu’à la fin des années 70 ce même État leur avait fait un beau cadeau en créant l’AGESSA, un régime de sécurité sociale adapté à leurs difficultés. L’idée était simple : des prélèvements sociaux seraient perçus sur tous les droits d’auteurs pour que les créateurs qui n’avaient pas une sécurité sociale puissent s’affilier. Car la grande majorité des auteurs ont en fait déjà un travail, vu qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas vivre de leurs seuls droits. Aujourd’hui, sur 55 000 auteurs de livres qui cotisent, seuls 2 500 sont réellement affiliés à l'AGESSA. Beaucoup ont sans doute une profession en parallèle. Mais beaucoup d’autres n’ont en fait pas du tout de sécurité sociale : pour être affiliés, leurs revenus d’auteur doivent dépasser un seuil assez modeste, en gros la moitié d’un SMIC brut annuel. Hélas, trop d’auteurs, pourtant à plein temps, n’arrivent plus à gagner cette faible somme aujourd’hui.

En 2014, déjà, une très importante hausse de la retraite complémentaire des auteurs, le RAAP, avait fait tanguer leur barque, et en avait noyé quelques-uns. C’est à ce moment que Benoit Peeters, Valérie Mangin et moi avions créé les États Généraux de la Bande Dessinée en parallèle à la mobilisation du SNAC BD. Nous avions lancé une grande enquête à laquelle près de 1500 auteurs avaient répondu. Elle avait révélé une situation encore plus détériorée que nous l’avions craint. Et une tendance très nette à la baisse des revenus. Mais cette explosion des cotisations de retraite complémentaire n’était que le début. En 2017, nous découvrions que la hausse de la CSG n’était pas compensée pour les auteurs et artistes comme elle devait l’être pour tous les actifs de ce pays. Après des mois de luttes, nous avons obtenu une promesse de compensation, mais ses modalités techniques ne sont toujours pas définies… À croire qu’il n’y a aucune urgence à éviter une perte de presque 1 % de revenu à une population déjà très précaire…

Pour 2019, le pire reste à venir. Quid du prélèvement à la source ? Les auteurs ont des revenus très aléatoires, assez imprévisibles, et parfois versés une seule fois par an. Ils auraient besoin d’un système spécifique pour que le payement de l’impôt ne grève pas leur trésorerie déjà souvent en grande difficulté. Enfin, en 2019, c’est aussi les régimes spécifiques de sécurité sociale des auteurs et des artistes que l’État démantèle, en transférant le plus gros de l’activité à l’URSAFF.
Le plus effrayant est que l’État impose sa feuille de route comme si les auteurs n’étaient pas déjà en grande difficulté. Les organisations d’auteurs et d’artistes qui réclamaient une concertation sur le dossier de la sécurité sociale depuis 5 ans ont découvert un projet déjà tout ficelé. Il faut réaliser que les métiers d’auteurs et d’artistes sont multiples, spécialisés et chacun très particulier. Les équilibres sont, déjà à la base, extrêmement précaires. Avec une évidente méconnaissance des spécificités de nos métiers, les pouvoirs publics réforment à la hache sur des bateaux qui prennent déjà trop souvent l’eau…

Toutes les organisations d’auteurs ont donc convoqué des États Généraux du Livre. Ils ont convié le Président de la République, le Premier ministre, la ministre de la Culture et celle des Affaires Sociales à venir expliquer pourquoi ils refusent toute concertation aux auteurs sur des reformes qui les concernent au premier chef, et sur lesquelles seuls les auteurs et artistes ont une expertise évidente. Le gouvernement a préféré répondre par la politique de la chaise vide.

La pression médiatique et celle sur les réseaux sociaux ont tout de même abouti à une mission interministérielle. Mais il est très tard, tout semble avoir été décidé, et janvier 2019 est dans six petits mois… Il paraît très difficile de faire comprendre à l’État qu’il faut tout suspendre pour prendre le temps de construire une bonne réforme.




Demain, si ce n’est aujourd’hui 

Revenons à la prospective. Projetons-nous dans l’avenir. Suivons le chemin sur lequel nous sommes engagés. Écrivons un des scénarios probables en partant du fait que l’État impose donc des réformes inadaptées aux auteurs et aux artistes.

Parmi tous ceux pour qui la hausse de la retraite complémentaire avait déjà été la voie d’eau de trop, beaucoup passent sous la ligne de flottaison : problèmes de trésorerie, recouvrements en augmentation… Certains arrêteront, s’ils en ont la possibilité. Ce sont en général les auteurs qui ont eu un petit succès et qui peuvent se recycler ailleurs. Il y a toujours des admirateurs pour leur confier du travail dans l’industrie culturelle du cinéma, du jeu vidéo.
Ou bien ils deviennent directeurs de collection ou professeurs en école d’Art.

Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde, surtout pour ceux pour qui le métier était déjà ingrat. Tous ceux qui font ça depuis 15 ou 20 ans n’ont d’autre choix que de continuer comme ils le peuvent. Ils s’accrochent à leur petit bateau devenu radeau. Ils travaillent encore plus, cassent encore plus leurs prix pour trouver des projets. C’est ça ou le chômage, à part que les auteurs n’y ont pas droit, au chômage. C’est donc ça ou le RSA.

Tirées vers le bas par l’offre, les avances sur droits continuent donc à diminuer. Les jeunes auteurs qui arrivent acceptent ces conditions de plus en plus mauvaises. Il faut dire que pour pouvoir tenir son premier livre avec son nom sur la couverture, on est souvent prêt à tous les sacrifices. Pour pouvoir continuer aussi. C’est la métaphore de la file d’attente : quand on arrive, il y a une longue file, mais on se dit que ça vaut le coup. Plus on reste dans la file, plus on se dit qu’on ne va pas quand même pas avoir fait tout ça pour rien. Même si le but semble ne pas assez se rapprocher, on continue… Pour beaucoup d’auteurs, la file d’attente sera simplement sans fin : le succès, qu’il soit critique ou commercial, ne viendra jamais couronner leur investissement. Ils se sont fait coincer par l’illusion initiale que la file d’attente ne serait pas très longue, que s’ils se donnaient à fond, ils obtiendraient bien une récompense pour tous leurs efforts à un moment ou un autre. De plus en plus se payent même des écoles d’Art privées en espérant atteindre plus vite le succès, alors que de fait ils ont investi une petite fortune dans une loterie où très peu gagneront.

Les éditeurs n’ont à ce moment aucune raison de s’opposer à ce mouvement. Eux-mêmes, pour pouvoir publier de plus en plus, ont réduit tous les coûts.

Et soudainement, à un moment, pour les jeunes qui rêvaient de devenir auteurs, cela va devenir évident que c’est une loterie quasiment ingagnable, qu’il ne faut pas aller dans cette file d’attente, que c’est trop dur et que les résultats sont devenus trop aléatoires.

Les plus « start-up nation » partiront prendre des postes dans l’industrie culturelle. L’édition y perdra sans doute les plus aptes à faire les best-sellers de demain. En plus, nul ne dit que les créateurs français, en particulier les dessinateurs, n’iront pas se réfugier dans les pays qui voudront bien leur offrir des perspectives. Les Français sont réputés pour leur créativité dans le monde entier : beaucoup préfèreront s’expatrier plutôt que de renoncer à leurs rêves. Enfin, la plupart de ceux qui resteront prendra un autre travail, et essayera de continuer à créer dans le cadre de ses loisirs, probablement sur Internet pour la plupart, et vers les plateformes de publication des géants américains. C’est ce qui se passe déjà en littérature, c’est ce qui attend les secteurs jeunesse et bande dessinée. En quelques années, on va passer d’un trop-plein de volontaires pour devenir auteurs professionnels à une pénurie.

Tous les secteurs de l’édition française qui sont aujourd’hui gavés à l’auteur pro pas cher vont devoir réapprendre à bricoler avec des créateurs peu disponibles. Il va quasiment devenir impossible de tenir des délais de parutions rapprochées pour un auteur, et de maintenir le système des séries qui a pourtant été si rentable dans la bande dessinée, par exemple, et auquel la série TV, le manga ou les auteurs young adults anglo-saxons ont habitué le public. De plus, la promotion reposant aujourd’hui déjà principalement sur les auteurs, il va aussi devenir de plus en plus en plus difficile de soutenir les lancements. Les best-sellers vont donc continuer à se faire de plus en plus rares. En plus, les maisons d’édition vont se retrouver à se battre pour les quelques auteurs qui trouveront le succès sur Internet comme elles se battent déjà aujourd’hui pour traduire les best-sellers étrangers. La rentabilité de la plupart des best-sellers en sera donc lourdement affectée.

Il est donc possible que l’édition entre à ce moment dans une crise digne de celle que les maisons de disques ont connue avec le piratage.

Il serait trop long de développer ici tous les scénarios possibles. Mais je n’en ai pas trouvé un seul qui ne soit pas au minimum pessimiste…




Après demain 

Que se passera-t-il si les auteurs et l’édition française connaissent une crise majeure ? Il est à craindre qu’elle ne contamine toute l’industrie culturelle française, et même au-delà.

Il faut bien réaliser que dans le domaine des arts narratifs, le livre a un statut économique très particulier. Réaliser un film, une série TV, un jeu vidéo ou monter une pièce de théâtre, tout cela coûte la plupart du temps très cher. Le budget du moindre petit film indépendant est de 2 millions d’euros. Si on parle de plus en plus souvent en centaines de millions dans le cinéma, la série TV ou le jeu vidéo, dans l’édition, on parle modestement en dizaines de milliers d’euros. C’est normal, un livre, est réalisé par seulement quelques personnes et non par des centaines comme dans l’audiovisuel. Oui, l’économie du livre est très légère, cela explique qu’elle soit regardée avec un certain dédain parfois. Cette économie légère, voire low-cost aujourd’hui, a pourtant pour elle un énorme avantage : on peut y prendre des risques beaucoup plus facilement qu’ailleurs. On y laisse même encore souvent des auteurs faire un peu ce qui leur passe par la tête. Le livre est encore un grand lieu de liberté, d’invention et d’expérimentation. Il est devenu, de fait, le laboratoire de recherche et développement des grandes industries culturelles. Et on sait ce qui advient quand une société rogne sur la recherche et le développement : elle périclite rapidement.

Mais ce problème pourrait aller au-delà de l’audiovisuel. Les artistes sont autant menacés par les réformes que les auteurs. Quid de l’inventivité de notre industrie du luxe ? De l’automobile ? Et notre attractivité touristique ? Peut-elle survivre à un effondrement culturel du pays ? Bref, c’est toute la « french touch » économique qui vit des recherches menées à faible coût par les artistes et les auteurs. Nous sommes les premiers de cordée de toute cette réussite créative. Si nous tombons, tout le monde tombera avec nous.

Si aujourd’hui les éditeurs comme les pouvoirs publics ne comprennent pas le danger, s’ils continuent tous à agir comme si notre créativité pouvait résister à tous les coups, alors il y aura une catastrophe.

C’est déjà arrivé à d’autres pays. L’Italie était, toujours, un des pays les plus créatifs au monde dans les années 70. Fellini valait Hitchcock, le western mangeait des spaghettis, on lisait partout Moravia, Buzzati, Calvino, la bande dessinée italienne était la plus productive d‘Europe, c’est même là qu’on réalisait les aventures de Mickey et Donald. Où est passée cette Italie aujourd’hui ? Comment un si grand pays a-t-il pu être sorti aussi rapidement de la culture mondiale ?

La France n’est pas à l’abri d’un tel destin. Il faut en avoir pleinement conscience. C’est le seul moyen d’éviter un tel avenir. Je consacrerai un prochain texte à parler de ce qu’il faudrait profondément repenser pour inverser la tendance.

Évidemment, tout cela est très simplifié, c’est le principe de la prospective comme de l’anticipation de mettre le focus sur quelques éléments et de regarder comment ils se comportent dans le temps. La réalité est toujours bien plus complexe et chaotique. Mais les grandes tensions que je dessine dans ce texte sont déjà à l’œuvre. J’espère que l’avenir me donnera tort. Ne serait-ce que parce que nous aurons fait ce qu’il faut pour échapper à ce destin. Je ne voudrais surtout pas être celui qui aurait prédit le jour où la France s’arrêta.

Illustrations du texte de Denis Bajram : Béatrice Tillier